Il y a quelques semaines, on m'a demandé si je voulais bien figurer en fin de liste pour une candidature aux municipales de Spézet (29). Juste pour compléter l'équipe. Il manquait une femme et un homme.
J'habite Spézet depuis 2023. J'ai 37 ans. Je suis graphiste, pas politicienne. J'ai dit oui.
Ce que j'ai fait bénévolement sur les semaines qui ont suivi (flyer créé en 4h, page Facebook lancée de zéro, visuels, vidéos, montage) m'a appris énormément sur la communication de terrain. Et comme ces enseignements s'appliquent bien au-delà du contexte électoral, j'ai décidé de les partager ici.
Chiffres réels, choix argumentés, erreurs assumées.
1. Le contexte : pourquoi j'ai dit oui
À la première réunion, j'ai réalisé qu'il n'y avait aucune stratégie de communication en place. Pas de page Facebook, pas de charte graphique, pas de réflexion sur les supports. Des idées de projets, sans hiérarchisation ni évaluation de faisabilité. Très peu de communication prévue, à part le bouche-à-oreille.
Le soir du 23 février, on me demande un flyer terminé pour le lendemain midi. Les élections, c'était dans 19 jours. Les deux autres listes communiquaient déjà depuis 7 à 10 semaines.
J'ai proposé d'aider. Parce que dans mon métier, je sais à quel point la communication doit être réfléchie et mise en place tôt. J'ai créé le flyer en quatre heures et pris l'initiative, avec leur accord, de créer et d'animer une page Facebook : photos, vidéos, visuels, montage, rédaction des textes.
Ils m'ont fait confiance. Et ça a été une vraie expérience de communication de terrain.
2. L'analyse des listes adverses
Avant de créer quoi que ce soit, j'ai observé. Deux listes adverses avaient des pages Facebook déjà actives depuis plusieurs semaines. Comme je ne connaissais pas le monde des élections municipales, j'ai commencé par regarder ce qu'elles publiaient et pourquoi.
Les types de contenus publiés
- Les portraits de candidats : pour montrer l'humain, l'ancrage local, l'investissement dans la commune. Le « ha tiens, mon voisin est sur la liste » qui crée de la proximité.
- Les questionnaires et consultations : pour se faire connaître et montrer qu'on est à l'écoute des habitants avant même de proposer quoi que ce soit.
- Les activités et événements locaux : partager des événements de la commune permet de montrer qu'on est investi dans son territoire, qu'on soutient la vie locale et qu'on s'adresse à une communauté existante. C'est une stratégie de visibilité et de proximité.
Spézet Citoyenne : stratégie longue et participative
Page créée le 29 décembre 2025, soit 10,5 semaines avant le scrutin. Stratégie construite : consultation citoyenne d'abord, résultats publiés semaine après semaine, puis programme, puis portraits. Engagement moyen de 35 réactions par post. Aucun contenu déconnecté du message de campagne.
Point faible : trop dense. Un programme de 8 axes sur un A3 surchargé est difficile à lire dans une boîte aux lettres.
Avec vous pour Spézet : stratégie portrait-centrée
Page créée le 17 janvier 2026, 7,5 semaines avant le scrutin. La plus visible avec 437 followers. Mais 55% des publications étaient des portraits de candidats, et seulement 5% du programme.
Les portraits généraient parfois plus de 100 j'aime. Il est difficile de savoir avec certitude quelle part provenait du réseau proche des candidats ou d'habitants réellement convaincus, probablement un mélange des deux.
Ensemble pour Spézet : ma liste, démarrage tardif
Page créée le 26 février 2026, soit 17 jours avant le scrutin. 115 followers au jour J. 23 publications, aucun contenu déconnecté du message de campagne. Mix équilibré portraits / projets / éducation civique.
9 Reels publiés, dont certains ont atteint 10 000 vues dans un village de 1 720 habitants.
Le tableau comparatif
Une observation amusante : le nombre de followers correspond presque au nombre de voix pour les trois listes, avec un ratio entre 1,26 et 1,53. Cela suggère que les followers de Facebook sont des convertis.
| Indicateur | Spézet Citoyenne | Avec vous pour Spézet | Ensemble pour Spézet (ma liste) |
|---|---|---|---|
| Création page | 29 déc. 2025 | 17 jan. 2026 | 26 fév. 2026 |
| Durée campagne FB | 10,5 semaines | 7,5 semaines | 2 semaines |
| Followers au jour J | 188 | 437 | 115 |
| Nb posts total | 29 | 38 | 23 |
| Voix obtenues | 279 | 550 | 176 |
| % des voix | 27,76% | 54,73% ★ | 17,51% |
| Ratio followers / voix | 1,48 | 1,26 | 1,53 |
3. La stratégie Facebook : mes choix éditoriaux
Pourquoi pas de logo ?
Les deux autres listes utilisaient un logo. J'ai fait un choix différent : on ne vote pas pour un logo, on vote pour une personne. Créer un logo, c'est créer une entité séparée. Or on se présente pour travailler pour la mairie, qui a déjà son propre logo.
J'ai choisi une photo de la tête de liste en avatar, et j'ai repris les couleurs bleu et gris du logo officiel de la commune pour s'intégrer visuellement tout en restant identifiable.
Au passage : l'idée initiale était d'utiliser une illustration générée par IA représentant un village breton avec un triskelle approximatif. Pas vraiment représentatif de la commune ni de l'aspect humain et sincère de notre tête de liste. J'ai convaincu de ne pas l'utiliser.
Mes choix stratégiques
- La vidéo en priorité : notre tête de liste était sociable, accessible, sincère. La vidéo montrait ça mieux que n'importe quel visuel statique.
- Des portraits dans des lieux emblématiques de la commune : pour ancrer les candidats dans leur territoire.
- Des textes explicatifs : pour montrer qu'on maîtrise les sujets et créer du contenu partageable.
- Des publications sur les projets concrets : pour montrer qu'il s'agit de projets réfléchis.
Une cohérence visuelle a été maintenue entre le flyer, la page Facebook et les visuels produits même si l'affiche, réalisée par l'imprimeur à partir du haut du flyer, s'en est partiellement écartée.
4. Le flyer créé en 4 heures
Le soir du 23 février, on me demande un flyer terminé pour le lendemain midi. J'avais 4 heures et des idées-projets en vrac.
Ma stratégie dans la limite d'un A4 recto verso
- Verso : présentation des intentions et de l'équipe, avec la photo de groupe et une photo aérienne de la commune en arrière-plan.
- Recto : les projets organisés en 3 axes clairs avec des actions concrètes et nommées.
- Charte graphique : un gris foncé rappelant le drapeau breton, associé au bleu du logo de la commune pour s'intégrer tout en restant identifiable.
Résultat : un A4 simple, lisible, identifiable, lu en 30 secondes. J'en étais fière, vu le temps imparti.
Le format réglementaire que personne ne connaissait
Il existe un mémento officiel pour les candidats aux municipales, formats autorisés, grammages, mentions obligatoires. Personne dans l'équipe ne savait qu'il contenait des règles précises pour la propagande électorale.
J'aurais pu créer un A3 plié en A4 et détailler davantage les projets et portraits. Plus de place pour rassurer sur la faisabilité, les délais, les coûts estimés.
La mention légale absente
La mention « Imprimé par... » était obligatoire et absente de tous les supports. Une informztion qu'aurait pu être lu dans le manuel par les meneurs de la liste, trouvé sur internet par la graphiste (moi), indiqué par l'imprimeur.
L'affiche réalisée par l'imprimeur
L'imprimeur a repris le haut du flyer pour créer l'affiche. Format A3 paysage, sans mention légale, collée en dernier, alors que les deux autres listes avaient des affiches A2 en portrait avec davantage d'informations. Ça détonait.
L'adresse Facebook absente des supports
La page n'existait pas encore au moment de l'impression du flyer. C'est une des conséquences directes d'un démarrage très tardif. La page a été créée après le flyer, personne ne pouvait l'anticiper.
Le choix de ne pas distribuer de bulletins
L'équipe a fait le choix de ne pas distribuer de bulletins dans les boîtes aux lettres pour des raisons écologiques. Les bulletins étaient disponibles aux urnes. C'est un choix cohérent avec les valeurs, mais qui rend la liste moins visible et moins officielle aux yeux des électeurs habitués à recevoir tous les bulletins chez eux.
La vraie leçon sur le visuel : la liste avec le visuel le moins soigné a gagné avec 54,73% des voix. Le visuel capte l'attention et transmet du professionnalisme. Mais c'est le contenu, les projets, leur crédibilité, la confiance inspirée par les candidats qui fait la différence finale.
5. La stratégie vidéo
10 000 vues dans un village de 1 720 habitants, sur une page créée 17 jours avant le scrutin avec 115 followers. Ce n'était pas un coup de chance.
Notre tête de liste était quelqu'un de sociable, accessible, sincère. Pas un orateur politique rodé, quelqu'un de vrai, avec qui on a envie d'échanger. La vidéo permettait de montrer ça mieux que n'importe quel visuel statique.
Filmer des personnes non habituées à la caméra est un défi. Hésitations, regards qui s'échappent, coupures multiples, j'ai composé avec tout ça. Et finalement, ces petites imperfections rendaient les vidéos encore plus authentiques.
L'algorithme Facebook pousse la vidéo native bien au-delà des abonnés existants. Certaines personnes touchées étaient hors Spézet et ne pouvaient pas voter, c'est la limite de la vidéo courte sur un sujet très local. Mais la visibilité créée dans la commune était réelle là où on partait de zéro.
6. Les résultats et les leçons
Les résultats du 15 mars 2026 : 17,51%, 176 voix, 1 élu. Troisième liste sur trois.
176 voix obtenues en 15 jours de présence numérique, avec peu de présence physique. Même si la liste n'a pas gagné, convaincre un certain pourcentage des électeurs dans ces conditions est déjà significatif.
Observer et analyser avant d'agir
Comprendre les choix des deux autres listes m'a permis de faire des choix clairs en très peu de temps. C'est un réflexe que j'applique aussi pour mes clients : on n'ouvre pas un logiciel avant d'avoir compris le contexte, la cible et les contraintes.
Soigner la cohérence visuelle entre tous les supports
Flyer, page Facebook, visuels publiés, affiche, tout doit former un ensemble identifiable. Une charte graphique cohérente renforce la crédibilité et l'identité, même avec des moyens limités.
Choisir le bon format pour le bon message
La vidéo était adaptée à notre tête de liste et à notre volonté de montrer l'humain et la sincérité. Chaque format a ses atouts.
La communication ne rattrape pas un contenu fragile
La liste a été constituée très tard, ce qui a laissé peu de temps pour réfléchir à des projets solides, argumentés et chiffrés. La communication met en valeur ce qui existe, elle ne le remplace pas. C'est valable pour une campagne électorale comme pour la communication d'une entreprise.
Inciter les colistiers à partager et commenter
C'est le levier le plus simple pour étendre organiquement la portée d'une page avec peu de followers. Chaque partage touche un nouveau réseau. Chaque commentaire booste la publication dans l'algorithme.
7. Le brief et les règles techniques
Il existe un mémento officiel pour les candidats aux élections municipales. Personne dans l'équipe ne savait qu'il contenait des règles précises pour la propagande électorale. L'imprimeur, qui avait lui-même démarché la liste, aurait dû les signaler.
En tant que graphiste, j'ai l'habitude de travailler avec des contraintes techniques. Mais je ne peux travailler qu'avec les informations qu'on me donne. Un brief incomplet produit un beau fichier qui ne correspond pas au besoin réel.
Ce qu'un bon brief doit contenir
- Le format final exact et le temps nécessaire à la création qui n'est pas instantanée
- Les contraintes légales et réglementaires, mentions obligatoires, formats autorisés
- L'usage prévu, boîte aux lettres, affichage, distribution en main propre
- Le contexte global, la cible, les valeurs qu'on veut mettre en avant, l'objectif du support
- La cohérence avec les autres supports pour qu'une affiche, un flyer et une page Facebook forment un ensemble identifiable
- De la matière solide et sincère, un graphiste met en valeur ce qui existe, il ne peut pas construire sur du vide ou promettre ce qui n'est pas
8. Conseils pour les prochaines municipales 2031
Si cette expérience peut servir à d'autres candidats ou équipes de communication, voici ce que je recommande.
Avant la campagne (6 mois avant)
- Lire le mémento officiel en entier dès la décision de se présenter et le transmettre aux personnes concernées
- Définir les valeurs que l'on veut mettre en avant, elles guideront tous les choix éditoriaux et visuels
- Identifier dans l'équipe qui est à l'aise avec les réseaux sociaux et la communication
- Définir une identité visuelle cohérente avec l'image de la commune
- Ouvrir la page Facebook au moins 10 semaines avant le scrutin
- Organiser les colistiers par projets thématiques et leur demander de creuser chaque sujet : budget estimé, délais, faisabilité, exemples dans d'autres communes
Pendant la campagne
- Aller à la rencontre des habitants : questionnaire en ligne, réunion publique, rendez-vous avec les associations, les commerçants, les acteurs locaux
- Planifier sa communication : lister les types de contenus à produire (portraits, projets, événements locaux, éducation civique) et les alterner
- Miser sur la vidéo si la tête de liste est accessible et naturelle devant la caméra
- Inciter les colistiers à partager les publications et à les commenter
- Partager des événements locaux pour montrer son ancrage dans la commune et soutenir la vie associative
- Organiser la distribution des flyers et l'affichage en attribuant chaque rue à un membre de l'équipe
Les supports print
- Vérifier les formats réglementaires avant de briefer l'imprimeur
- Exiger la mention légale « Imprimé par... » sur tous les supports
- Soigner son visuel, pas nécessairement complexe, mais cohérent, professionnel et identifiable
- Prévoir l'adresse de la page Facebook sur tous les supports imprimés, ce qui implique de créer la page avant de lancer l'impression
Conclusion
176 voix en 15 jours de présence numérique et peu de présence physique. Même si la liste n'a pas gagné, c'est une base réelle, construite presque uniquement sur la vidéo et le bouche-à-oreille. Les gens ont voté pour l'équipe malgré les obstacles logistiques.
Cette expérience m'a confirmé ce que je dis à mes clients depuis le début : la communication ne fait pas tout. Elle amplifie ce qui existe. Des projets solides et crédibles, une équipe cohérente dans son message, une identité visuelle soignée, c'est sur ces bases que la communication peut vraiment faire la différence.
Ces mêmes principes s'appliquent à la communication d'une entreprise, à la préparation d'un salon professionnel, à n'importe quel support de com. Analyser avant d'agir, choisir le bon format, soigner la cohérence, briefer correctement et donner à son graphiste de la matière sincère et solide à mettre en valeur.
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